Eric Voegelin

photo

Eric Voegelin (1901-1985) – philosophe américain d'origine autrichienne ; né à Cologne d'un père allemand luthérien et d'une mère catholique, baptisé et inhumé luthérien ; il s'exile en 1938 aux États-Unis, où il trouve un poste universitaire à l'université d'État de Louisiane.

Introduction :

L’idée fondamentale de Voegelin est que la communauté politique ne s’origine ni dans un contrat ou dans une constitution, ni non plus dans un système de normes, mais dans l’expérience la plus fondamentale que les hommes font du mystère de leur existence. Cette expérience ineffable, les hommes tentent de l’interpréter au moyen de symboles. C’est autour de ces symboles, par lesquels l’homme comprend sa relation à la transcendance, que la communauté se représente à l’intérieur d’un ordre reliant la terre et le ciel. L’ordre n’est donc pas une donnée en soi. [...] le fondement politique de l’ordre ne réside pas non plus pour lui dans une décision pure : on peut d’ailleurs à ce titre considérer que Schmitt ne fait que remplacer un idéalisme juridique par un idéalisme politique et décisioniste. En comparaison, Voegelin reste un « réaliste ». Pour lui, l’ordre se fonde politiquement sur un symbole existentiel de la divinité [...] La communauté politique est donc en son sens originaire, le lieu où se traduit l’émergence du sens [...] à travers les formations symboliques. La science politique est essentiellement pour Voegelin une herméneutique de ces symboles qui prennent leurs racines dans l’expérience la plus profonde de l’homme. En plusieurs sens, on peut dire que Voegelin reprend à son compte le projet de Vico, comme l’atteste le titre de son ouvrage le plus célèbre, La Nouvelle Science du politique. Comme Vico, Voegelin s’oppose à la réduction des sciences humaines aux sciences naturelles, incapables en particulier de rendre compte de dimension axiologique du politique. Comme Vico aussi, il discerne au cœur même de l’ordre politique la présence structurante d’un élément religieux compris dans cette expérience fondamentale du rapport de l’existence à la transcendance et au sacré. Les symboles et les mythes par lesquels l’homme se représente à lui-même sa relation au sacré forment le matériau fondamental de la science politique. Comme Vico enfin, il affirme la réalité de ces symboles qui, quoique représentant métaphoriquement une expérience qui est de l’ordre de l’ineffable, désignent la vérité même du politique, le realissimum (selon un terme emprunté à Kant) à partir duquel peut émerger l’idée d’un ordre politique. Il y a bien en ce sens une efficience du signe, qui est chez Voegelin une efficience politique. Les symboles constituent la « substance sacrale » de la communauté [...]. La lignée, la filiation par le sang, l’analogie de la société et du cosmos (ou de la société et de la psychè), le corps mystique, le Léviathan, la collectivité ou encore la race sont autant de ces symboles et de foyers de sens autour desquels la communauté déploie son ordre. (Thierry Gontier)

Lectures :

  • Eric Voegelin, Les Religions politiques, Cerf, 1994.
  • Michael Federici, Eric Voegelin: The Restoration Of Order, Intercollegiate Studies 2002.
  • Thierry Gontier, Politique, religion et histoire chez Eric Voegelin, Cerf 2011.
  • Thierry Gontier, Corps mystique et société politique chez Eric Voegelin

d